Après nous avoir fait planer avec Haven, le studio français The Game Bakers nous propose une expérience radicalement différente, bien plus terre-à-terre… ou plutôt, pierre-à-pierre. Dans Cairn, nous incarnons Aava, une alpiniste dont l’unique obsession est de conquérir le mont Kami, un géant de roche réputé inviolable. Ce n’est pas seulement un jeu d’escalade, c’est une confrontation solitaire et brutale contre la verticalité, où chaque mètre gagné se paye à la sueur des phalanges. Le décor est posé : vous, une paroi infinie, et le silence de la montagne.
Visuellement, Cairn est une claque artistique. La direction artistique, confiée à l’auteur de bande dessinée Mathieu Bablet, insuffle une douceur mélancolique qui contraste merveilleusement avec la cruauté de l’ascension. Les traits sont fins, les couleurs subtiles, et l’absence de balisage artificiel (exit la peinture jaune fluo) renforce ce sentiment d’immensité sauvage. Cependant, la technique montre parfois ses limites. Si les décors sont somptueux, le moteur physique subit quelques ratés : il n’est pas rare de voir les membres d’Aava se contorsionner de façon surnaturelle ou son corps se désarticuler comme une « poupée de chiffon » lors d’une chute. Ces petits délires anatomiques brisent parfois l’immersion, même s’ils n’entachent pas la beauté globale du titre.


Le gameplay de Cairn est d’une exigence rare. Oubliez les ascensions automatisées à la Uncharted ; ici, vous contrôlez chaque membre individuellement. On guide les mains et les pieds d’Aava avec une tension constante, cherchant la moindre aspérité. La gestion de l’endurance et de l’équilibre est au cœur de l’expérience : un mouvement trop brusque, et c’est la chute. Le jeu intègre également une dimension survie poussée. Le mont Kami ne se contente pas de vous faire tomber, il vous affame et vous assoiffe. La gestion des ressources (eau, nourriture, état des pitons) au bivouac est vitale. C’est cette boucle « effort-récompense » qui rend le titre si addictif, malgré une difficulté qui pourra en rebuter certains (heureusement, un mode facile est présent pour les moins téméraires).

Sous ses airs de simulation technique, Cairn cache un récit d’une grande profondeur. L’ascension du Kami devient rapidement une allégorie des démons intérieurs d’Aava. C’est un voyage psychologique autant que physique, qui culmine dans un final renversant. Cette narration est portée par un sound design magistral. On entend tout : le craquement de la roche, le souffle court de l’héroïne, ses gémissements de douleur. La musique, notamment le thème obsédant de The Toxic Avenger, enveloppe le tout dans une atmosphère entêtante qui reste en tête bien après avoir posé la manette. Le travail sonore est ici un acteur à part entière de l’immersion.


Il vous faudra environ une quinzaine d’heures pour venir à bout du mont Kami. C’est une durée idéale pour un titre de ce genre : assez long pour ressentir l’épuisement réel de l’ascension et l’immensité du défi, mais assez court pour ne pas lasser par sa répétitivité. Chaque palier atteint ressemble à une victoire contre un boss, et les secrets dissimulés dans les parois encouragent l’exploration au-delà de la simple ligne droite vers le sommet.

4.6
4.4
4
4.9
✅Un gameplay tactile et addictif unique en son genre
✅La direction artistique sublime de Mathieu Bablet
✅Un sound design incroyablement immersif
✅Une narration intime et poignante
Une physique parfois capricieuse (contorsions étranges)
Des chutes rageantes après de longs efforts…
85
Si l’on accepte de passer outre quelques bizarreries physiques et une exigence qui frise parfois la punition, on découvre un titre d’une beauté rare. The Game Bakers signe ici un « sommet » du jeu d’escalade, capable de transformer une simple paroi de pixels en une épreuve spirituelle bouleversante.
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